samedi 29 janvier 2011

H2oil, un documentaire sur les sables bitumineux d’Alberta

L’Empire et son servile allié canadien



L’histoire est classique et banale en soi. Elle met en scène un pays qui veut s’approprier, par le pillage, la dépossession, le massacre, la contamination et l’exploitation primaire, les ressources de la Terre pour accroître ou maintenir sa supériorité sur ses concurrents et drainer, conséquemment, toute la puissance de l’argent à l’intérieur de ses frontières.

Autour de lui gravitent les profiteurs, ces petits sans envergures qui souhaitent devenir grands en singeant les moindres gestes du chef, mais également les quelques têtes lucides qui voient l’imposture de cette caste aristocratique moderne et tentent, tant bien que mal, d’arrêter le massacre en le dénonçant sur la place publique.

C’est exactement ce que la montréalaise Shannon Walsh dévoile dans ce documentaire sur l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta par des entreprises qui expédient la totalité de leur récolte au pays du Hummer.

Les États-Unis - les seigneurs texans du pétrole pour être plus précis - avec l’aide en cela de son plénipotentiaire néolibéral, l’albertain et premier ministre fédéral Stephen Harper (lui-même un sous-produit de cette industrie pétrolière), ont mis la main sur la deuxième réserve de pétrole du monde (derrière l’Arabie Saoudite) pour continuer à alimenter la surconsommation d’un système capitalisme débridé et incontrôlable.

Avec comme objectif avoué de produire, quotidiennement, autour de 4 millions de barils par jour dans un avenir rapproché, les “décideurs” visés contaminent des nappes phréatiques d’eau potable situées au nord de l’Alberta et empoisonnent les citoyens dont plusieurs sont des amérindiens.

Dans son film, Mme Walsh va à la rencontre de membres de la communauté autochtone de Fort Chipewyan et de son médecin, le Dr Connors. Ce qu’elle constate est terrifiant et ressemble, en cela, à la contamination du lac Minamata par un manufacturier de produits chimiques qui déversa, pendant la première moitié du XXème siècle, une quantité inimaginable de mercure, lequel se trouvait dans les poissons que les locaux - les Japonais pêchaient au quotidien pour assurer leur subsistance. Le résultat, tout comme celui qui se vit présentement en Alberta, est carrément criminel: le mercure a attaqué le cerveau de plusieurs milliers de résidents côtiers, laissant au passage plusieurs milliers de morts et d’infirmes.

C’est exactement ce qui se produit ici, au Canada, depuis quelques années. En effet, des poissons à deux têtes ou difformes, des taux anormalement élevés de cancers rares chez les autochtones qui boivent et mangent à même les rivières et les nappes phréatiques contaminées et un déni officiel, par la diversion, le discrédit ou la diffamation, des autorités canadiennes sont constatés de visu par la cinéaste. Le mercure, zinc et autres produits toxiques sont déversés impunément dans les cours d’eau, et ce au mépris des lois environnementales canadiennes de zones occupées, notamment, par des autochtones vivant traditionnellement de pêche et de chasse.

Le silence corporatif et gouvernemental est total et complice, nous dit-on dans le film. “Pour eux, disait Shannon Walsh, le problème n’existe tout simplement pas”. Le médecin Connors est carrément discrédité par les autorités gouvernementales, les gens de Fort Chipewyan meurent en grappes et les nappes phréatiques, contaminées, continuent de faire des ravages et menacer l’avenir des communautés environnantes.

Pourquoi ce silence? Les gouvernements de l’Alberta et d’Ottawa, complices (otages?) des barons étasuniens, récoltent une manne inespérée de billets verts en échange de leur silence (impôts, taxes et autres revenus connexes).

De toute façon, est-il réellement possible de dire non à un empire qui déstabilise, renverse et attaque militairement tout gouvernement qui ose défier son autorité et son désire de détourner toutes les ressources du monde pour son seul bénéfice (le mode de vie étasunien)?

Est-il réaliste de penser qu’une réserve de près de 175 milliards de barils, laquelle équivaut, en superficie, à l’Angleterre, peut glisser entre les mains d’un pays qui déploie ses “boys” se battre pour moins que ça en Afghanistan, en Irak ou ailleurs?

Ah oui, j’oubliais: la cupidité canadienne n’a d’équivalent que son mimétisme darwinien!



Le site officiel du film:


http://h2oildoc.com/home/

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