La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple.
- Abraham Lincoln (Président des États-Unis, 1860-1865)
Le 11 septembre dernier, alors que les Étasuniens commémoraient le 7ème "anniversaire" des attentats du même nom, Washington fomentait, via son ambassade bolivienne de La Paz, une révolte dans les quatre provinces les plus riches en d’hydrocarbures (gaz et pétrole), Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija.
Dirigée ouvertement par l’ambassadeur américain Philip Goldberg, cette tentative de coup d’État, financée par les États-Unis, trouve son aboutissement cette journée-là par l’expulsion du diplomate sus cité. (Vous trouverez tous les détails de l’opération illégale dans le lien Internet suivant: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=10350).
Le lendemain, Hugo Chavez expulse, par solidarité avec Evo Morales et les 67% de Boliviens qui ont plébiscité la légitimité de son gouvernement en août dernier, l’ambassadeur “yankee” Patrick Duddy. Quelques jours plus tard, les gouvernements du Brésil et de l’Argentine affirment leur solidarité avec les peuples de Bolivie et du Venezuela contre cette nouvelle ingérence de l’empire américain dans les affaires latines.
La méthode
Cette ingérence sauvage des États-Unis en Amérique latine ne date pas d’hier. En effet, le journaliste britannique John Pilger relate, dans son documentaire “War on democracy”, les multiples tentatives des gouvernements américains successifs pour déstabiliser, piller, massacrer et assassiner toute opposition locale ou régionale au diktat économique et politique de l’oncle Sam.
Primé du documentaire de l’année au “One world media awards” (http://www.owbt.org/pages/Awards/awards_home.html), John Pilger (www.johnpilger.com) retrace, depuis le début des années 1950, toutes les agressions, tentatives (réussies ou non) de renversement de gouvernements démocratiquement élus en Amérique latine et ailleurs dans le monde. Au nombre d’une cinquantaine d’agressions directes et indirectes, plus d’une trentaine d’entre elles ont impliqué les forces militaires, les autres ingérences ayant été fomentées par la CIA et leurs alliés d’extrême droite. Tout cela au profit d’une caste d’affairistes néolibéraux.
En 1950, le Guatemala vote démocratiquement pour le gouvernement de Arbenz. Cet homme rêve de réaliser pour son pays l’équivalent du “New Deal” de Roosevelt. Il entreprend donc une réforme agraire qui froisse la compagnie “United Fruits”, laquelle possède la majorité des terres fertiles de ce pays.
Howard Hunt, alors agent de la CIA et chef de la propagande au Guatemala, explique la méthode pour renverser des gouvernements qui osent appliquer le principe de redistribution de la richesse pour leur population, au détriment bien sûr des compagnies étrangères qui cherchent un maximum de profits et un minimum de coûts: “Isoler diplomatiquement et militairement le pays, utiliser la psychologie sociale pour terroriser les troupes nationales, le gouvernement et la population pour ainsi reprendre le contrôle de l’économie et de la politique par une déstabilisation multiforme”.
Le Guatemala, tout comme l’Iran de Mossadegh, la Bolivie de Morales, le Venezuela de Chavez et le Chili d’Allende, étaient et sont des démocraties exemplaires de centre gauche, c’est-à-dire là où la liberté individuelle et l’égalité des chances forment un équilibre à peu près parfait, sans débordements excessifs d’un côté ou de l’autre du spectre idéologique.
Mais cette réalité politique rebute l’empire qui cherche, lui, asservir le monde à ses intérêts économiques, culturels et politiques égoïstes. Dans son livre “A spy for all seasons”, l’agent de la CIA Duane Clarridge dit clairement dans le film que: “les États-Unis peuvent et doivent intervenir partout où ses intérêts vitaux sont en jeu, peu importe si la démocratie est bafouée”.
Cette phrase, lâchée au détour de questions répétées de Pilger sur les meurtres à grande échelle perpétrés par toutes les dictatures pro-américaines du continent, notamment au Nicaragua avec le meurtre avoué de Mgr Romero au tournant des années 1980 par des escadrons de la mort financés, entraînés et armés par les États-Unis, résume parfaitement l’attitude régressive de l’empire étasunien.
Ce pays, ayant toujours considéré l’Amérique latine comme étant sa cour arrière, n’a cessé, depuis un siècle, de déstabiliser et d’écraser les velléités autonomistes, démocratiques et nationalistes de ce continent. Par une constante prise de contrôle des ressources, par un contrôle politique brutal et antidémocratique ainsi que par de multiples ingérences de la CIA, les États-Unis ont réussi à siphonner la majorité des ressources pour leur bénéfice exclusif, laissant au passage plusieurs millions de morts sur les pavés de l’impérialisme.
C’est dans ce contexte qu’en 2002, la CIA a organisé un coup d’État contre Hugo Chavez. Celui-ci avait pris la mauvaise habitude, depuis son élection en 1998, d’exiger des redevances importantes aux compagnies pétrolières américaines pour les ré-injecter en éducation, en santé et en services sociaux pour le bénéfices tous les Vénézuéliens. Ce qui ne fait pas l’affaire des Américains dont 15% des approvisionnements en pétrole proviennent de ce pays.
Planifié par la CIA et financé par la “National Endowment for Democracy” (Fondation nationale pour la démocratie, un organisme bidon dont l’objectif réel est de contribuer au renversement de gouvernements hostiles à l’empire américain) à la hauteur de 2 millions de dollars, le coup avait été préparé plusieurs mois d’avance avec l’extrême droite vénézuélienne autrefois possédante et profiteuse des rouages de l’économie et du pouvoir politique dans ce pays.
Eva Gollinger, auteure de “The Chavez code”, affirme dans le film que les auteurs du coup s’étaient vus offrir des postes-clé dans ce gouvernement putschiste et illégal anti-Chavez par le gouvernement étasunien. Le journaliste Otto Neustald affirme, quant à lui, avoir été approché la veille du putsch pour enregistrer le message vidéo confirmant l’arrestation du Président Chavez, la condamnation des violences de ses partisans et des morts qui s’en suivirent. Tout cela 24hrs avant le putsch!
Engagé par CNN pour couvrir la politique latino-américaine, Neustald révèle non seulement la nature des crimes à venir, mais aussi tout le cynisme de la politique américaine en matière de droits de l’homme, de respect de la démocratie et de l’autodétermination des peuples, des discours allant dans le sens contraire des faits politiques avérés et factuels.
Si ce film peut vous convaincre de l’énorme supercherie américaine en matière de démocratie, alors il aura au moins servi à faire tomber un mythe important et auto-proclamé: celui d’un pays civilisé travaillant à la paix, à la prospérité et à la démocratie.
Le texte a originalement été publié sur le blogue suivant:
http://regardsdoc.blogspot.com/
Le film de John Pilger peut être visionné gratuitement sur le site Internet
